Interview du Président d'Ebène Bleu, Madame Yvonne Tristram-Boët
Voix d’Ebène : quels éléments vous ont poussé à accepter d’être Président de l’association ?
Madame Boët : J’ai beaucoup hésité. A la lumière de la réflexion et de la tentation, différents éléments négatifs :
- Inefficacité dûe à l’âge
- Parenté avec Pierre-François
Ces contraintes nouvelles ont fait place à leurs corollaires positifs :
- Un peu plus de prudence et d’expérience,
- Une totale confiance réciproque entre Pierre-François et moi,
- Le désir de participer à une entreprise nouvelle fondée sur l’art et l’amitié sans préoccupation mercantile et ouverte à tous.
J’ai succombé à la tentation et la proposition m’est apparue comme un honneur.
Voix d’Ebène : Que pensez-vous de cet orchestre ; orchestre
d’amateurs clarinettistes de différents niveaux et de différents âges?
Madame Boët : Vous oubliez les sexes différents.
Imaginez une annonce : on recrute jeunes garçons expérimentés ou femmes d’un certain âge jouant de la clarinette.
Non, cette diversité est une chance et je crois que l’on peut faire confiance à Pierre-François pour trouver la place de chacun, là, où ce qu’il sait faire, deviendra indispensable à l’ensemble.
Voix d’Ebène : est-ce que vous jouez d’un instrument de musique ?
Madame Boët : non, et c’est ce qui m’a permis d’être l’auditeur permanent de toute la famille, sans indulgence, souvent très fière et admirative quelquefois.
Voix d’Ebène : que représente la musique pour vous et pour votre vie ?
Madame Boët : Pour moi, quand à un moment donné, imprévisible : un compositeur et sa partition, un ou des musiciens, un chef et l’auditeur que je suis, se rencontrent dans un même sentiment de plénitude de beauté et de vérite, on commence à comprendre ce qu’est la musique. Ce sont des moments rares et précieux qui justifient tout ce qui participe depuis tant d’années à la vie quotidienne de mes proches et par conséquent à la mienne : les heures et les heures de travail sur des instruments très chers et même quelquefois volumineux, les anches trop dures ou trop faibles, le solfège, les gammes, les concertos, les répétitions, les concours, les angoisses du soliste, les chemises blanches et la queue de pie, les horaires tardifs et les concerts des jours de fête loin de la famille.
“Grandeur et servitudes” : c’est quand même bien de vivre les deux !
Voix d’Ebène : est-ce que vous avez des idées ou des projets dans le cadre d'Ebène Bleu ?
Madame Boët : Bien sûr j’ai des idées, nous en avons tous, mais E.B. est encore très jeune, et il faut attentivement guider ses premiers pas. Yukari, connaissez-vous le proverbe ; “Qui trop embrasse, mal étreint” ? Vos camarades vous l’expliqueront.
Voix d’Ebène : Qu’est ce que vous souhaitez pour chaque musicien d’E.B. et également à notre chef d’orchestre, Pierre-François ?
Madame Boët : J’aimerais que les musiciens d’E.B. trouvent dans l’association ce qu’ils sont venus y chercher. Peut-être une communauté d’esprit, une occasion de jouer, voir même les applaudissemens de la foule !
Pour ma part, je souhaite qu’ils y prennent assez de plaisir pour accepter quelques contraintes, d’assiduité, de respect des horaires, et un progrès personnel pour le bénéfice de tous. Nous avons des amis dévoués comme Corinne, Marc, Christine et Yukari qui font un immense travail, il faut leur offrir ce remerciement, ainsi qu’à Pierre-François que nous aimons tous. C’est un Artiste (comme son père musicien aussi, son grand père artiste peintre, sa grand mère graveur sur bois, même mon père jouait de la clarinette, je l’ai appris au hasard d’une ancienne photo), et un plus : il ne ménage pas sa peine.
Pour tout cela : vive Ebène Bleu !
Lorsque le chef d'orchestre arrive :
Sur le signe du chef d'attaque, soit des premières clarinettes soit des clarinettes
basses (suivant d'où arrive le chef d'orchestre) tout le monde se lève ensemble.
Pour cela lorsqu'on pressent son arrivée, tout le monde regarde le chef d'attaque.
Le chef d'orchestre arrive, il salue le public et, se retournant vers l'orchestre, serre la main du chef de pupitre puis fait signe de s'asseoir. Souvent, à ce moment là, on a envie de parler à son voisin. Il faut rester silencieux. Encore une fois un sourire plutôt qu'un mot à son voisin est conseillé, il détend les anxieux... le chef d'orchestre peut sortir entre les morceaux, restons silencieux, souriants, profitons en pour essuyer l'instrument (si nécessaire.
La position du corps :
Dans le cas : jouer assis en orchestre; assis droit, sans manche à balai dans le dos, au bord de la chaise, les pieds à plat sur le sol est la position la meilleure à tout point de vue*.
La concentration*.
Rester à l'écoute* :
- de la gestique du chef d' orchestre.
- de ce que font les voisins, pour s' intégrer, se fondre dans la masse sonore, sans déborder ni dans le temps ni dans la nuance car le chef d' orchestre n'est pas là pour vous "faire faire" les notes, le rythme ou les nuances...
Il est là pour les doser.
- de tout ce qu'il y a à faire sur la partition.
Pendant l'interprétation de l'Oeuvre : la pulsation est donnée par le chef d'orchestre elle doit avoir sa résonnance en vous*.
Pas de pieds qui battent la mesure : ou à la limite dans la chaussette secrètement. Car bien qu'ayant en concert - presque tous - la même pulsation, les pieds ne battent jamais ensemble. Ce qui peut provoquer rires de la part de ceux qui s'en aperçoivent et qui fait de toute façon "amateur et désordonné". Pas de coup de genou pour prévenir le voisin de quelque chose. Pas de geste de déception suite à quelque chose que l'on vient de rater*. Pour dire quelque chose à son voisin, si c'est primordial, un regard doit suffir. Ne pas draguer le mec ou la nénette du premier rang. C'est dangereux.
La tenue vestimentaire : il y en a toujours qui oublient qu'ils portent des chaussettes vertes en partant de chez eux... ou qui en portent pour se différencier des autres. Je souhaiterais que ce genre de situations ne voit jamais le jour dans l'espace E.B. Porter la chemise de concert repassée. Le pantalon ou la jupe noire, les chaussures noires cirées.
Les saluts :
Le chef d'orchestre peut faire lever un musicien ou un pupitre entier, prêter attention à tout cela. C'est toujours gênant de se retrouver seul debout alors qu'on n'y a pas été convié. Lorsque le chef fait signe tout le monde doit se lever en même temps ou en suivant sa gestique circulaire.
La sortie de scène :
On ne ressort que sur signe du chef. On ressort de manière parfaitement inverse à celle avec laquelle on est entré (sauf sur le plan comportement.
Après le concert :
On ne joue plus dans les coulisses*.
On ne parle pas des fautes ou des difficultés que l'on a éprouvées devant des personnes étrangères à l'orchestre.
Un "sans faute" est extrêmement difficile à réaliser. C'est pourtant avec ce souhait continuellement présent qu'il faut participer au concert. Nous travaillerons ce sujet en répétition. Un mot de P.F. qui n'est pas dans la règle d'Or : créer et Vivre " l'Ensemble" est difficile.
Voir et entendre chaque élément d'E.B. apporter sa bonne volonté et ses qualités individuelles au profit d'une musique faite avec les tripes : restera mon souhait le plus cher (et néanmoins réalisable. Lorsque cela se produit l'effet est des plus exaltants. Le Public ne peut y rester insensible. Cela fait partie des sensations-émotions qui sont perçues par tous, nous, le public ou autrui, que l'on est bien souvent incapable d'analyser et qui pourtant existent.
Nous aurons aussi fait un pas dans la quête du Beau, qui nous anime tous.
Les * signalent des sujets qui seront développés dans les prochaines éditions de Voix d'Ebène.
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